Danse macabre
La Danse macabre au cimetière des Saints-Innocents (1424)

Danse transparent
Le XVe siècle, marqué par la Guerre de cent ans (1337-1453), garde en mémoire le souvenir terrible des ravages de la grande Peste de 1348 qui décima près d'un tiers de la population de l'Europe. A cette époque, toute épidémie est considérée comme une peste : grippe, variole, rubéole ou encore coqueluche ! La mortalité infantile reste toujours très élevée, l'espérance de vie est étroite et on meurt d'un simple refroidissement ou d'une indigestion.

Ces temps de grands désordres, le peuple les accepte avec beaucoup de difficultés, d'autant que les plus riches se noient dans un excès de luxe, de faste et de plaisir. La sensibilité de chacun s'en trouve alors exacerbée. Ecrivains, peintres, sculpteurs et musiciens sont nombreux à exprimer cette idée qui obsède tous les esprits : la mort est partout.

Jean Meschinot (1420-1491) dit ainsi dans ses Lunettes des princes :

« La guerre avons, mortalité, famine
...Bref misère domine
Nos méchants corps dont le vivre est très court ».


L'homme en cette fin du Moyen Age, entretient avec la grande faucheuse une « relation » tout à fait particulière, dans laquelle transparaît nettement son angoisse. Surgissent des tombeaux, des statues représentant le cadavre nu en décomposition toujours sculpté avec un souci méticuleux du détail, donnant ainsi à voir ce que les siècles précédents avaient réussi à masquer avec leurs gisants reposés et sereins.

Gisant de Guillaume Lefranchois, médecin et chanoine (1446); vient de l'église Saint Barthélémy de Béthune; musée d'Arras
Gisant de Guillaume Lefranchois, médecin et chanoine (1446); vient de l'église Saint Barthélémy de Béthune; musée d'Arras

L'image de la mort est partout. Ce phénomène, qu'aucune autre époque n'a connu jusqu'alors, nous renseigne sur la foi de ces hommes et de ces femmes habitués à supporter l'insupportable : regarder la mort en face.
Cimetière et Enterrement - miniature française du XVème siècle
Cimetière et Enterrement,
miniature française du XVè siècle.

Il serait délicat d'étudier ici toutes les oeuvres médiévales évoquant la mort, tant sa représentation fut multiple, formée de courants divers, qui parfois se mêlent ou évoluent séparément.

Dès la fin du XIIè siècle, le thème de la mort se révèle en littérature. Pourtant sa plus flamboyante expression n'apparaîtra qu'en 1424, à travers la Danse Macabre , fresque peinte sur les murs du charnier des Innocents à Paris. Ce motif a inspiré des générations d'auteurs, plus particulièrement durant les deux derniers siècles du Moyen Age (XIVè et XVè siècles), auteurs tour à tour épouvantés, attirés, révoltés mais, en définitive, toujours très familiers avec la mort.

A cette image obsédante de « la Mort », va progressivement se substituer celle « du mort ». C'est une vision d'horreur qui submerge alors littérature et iconographie.

La Danse Macabre est sans nul doute le fruit d'une longue gestation dont il faut ici examiner les principaux témoignages nécessaires à son éclosion. Ils apparaissent en littérature, bien avant la représentation iconographique.

A l'extrême fin du XIIè siècle, les Vers de la Mort d'Hélinant, moine de Froimont, inaugurent un style nouveau de poésie, dont le motif avait d'ailleurs été annoncé au Vè siècle par Euchère de Lyon (mort entre 450 et 455) dans son De contemptu mundi.

Repas servi par des diables
Loisir seigneurial : banquet dans le grand salle du château,
Les serviteurs et musiciens sont des diables,
Bréviaire d'amour, rédigé en Provence au XIIIe siècle.

Le thème commun aux deux oeuvres, et qui sera par la suite celui d'innombrables auteurs, est le mépris du monde. Car même horrible, la mort n'est rien comparée aux tourments encourus par ceux qui oublient son approche (cf. Citadelle N°5, l'Ars Moriendi et l'Ars Vivendi) :

« Fui, lecherie [gourmandise] ! Fui, luxure !
De si chier morsel [morceau] n'ai je cure.
Mieuz aim mes pois et ma poree [purée] ».

(explicit)



Hélinant de Froimont n'hésite pas à apostropher la Mort au début de chaque douzain (grande nouveauté !), donnant ainsi à voir dans une brillante succession d'images hallucinantes (procédé qui n'est pas sans rappeler l'hypotypose), destinée à frapper le plus grand nombre, même s'il fustige en particulier les épicuriens de son temps et les adeptes de la philosophie du carpe diem.
Tout doit être mis en oeuvre pour réveiller les consciences et remettre l'homme sur le droit chemin :
« Hé Dieus ! pourquoi désirer tant
la joie empoisonnée de la chair
qui corrompt tant notre nature
et qui a si courte durée ?
Après elle se paye si cher ! ... »

(Vers de la Mort, Explicit)


Très célèbres au Moyen Age (ce qu'atteste un grand nombre de copies), les 55 strophes de douzains octosyllabiques, rimant en aab/ aab/ bba/ bba, sont écrites entre 1194 et 1197. Elles seront baptisées « strophes de Hélinant » car ce moine de Froimont reste l'auteur connu le plus ancien à utiliser cette forme.
Triomphe de la Mort - Les pauvres invoquent la mort - fresque d'Andrea Orcagna, milieu du XIVème
Les pauvres invoquent la mort
détail du Triomphe de la mort (milieu du XIVe),
fresque d'Andrea Orcagna.

Chacune des strophes développe l'idée que la crainte de la mort est salutaire, que le bonheur n'étant pas de ce monde, il faut au plus tôt se détacher des biens matériels et veiller au salut de son âme :

« Que vaut quanque [tout ce que] li siecles [monde] fait ?
Morz en une eure tot desfait... »
« Que vaut biautez [beauté], que vaut richece,
Que vaut honeurs ? que vaut hautece [grandeur],
Puis que morz [mort] tot a sa devise [tout à sa guise]
Fait sor nos pluie et secherece... »

(Hélinand de Froimond, Vers de la Mort, strophes XXVIII et XXIX)


Le caractère égalitaire de la mort, qui balaye tout, énoncé par le poète ne masque pas la dure réalité, mais il demeure cependant l'unique consolation des pauvres.

Chacun se trouve ici logé à la même enseigne. La mort, heureusement égale pour tous, remet tout en ordre. Tous les auteurs condamnent à travers elle la vie de cours, alors des plus brillantes, qui est prétexte aux pires débordements :

« Mort, qui jamais ne sera lasse
de renverser les rangs, les places,
comme j'aimerai aux deux rois
Dire, si j'en avais l'audace,
Comment de ton couteau de chasse,
Tu rases ceux qui ont de quoi.
Les hauts placés par toi déchoient ;
Tu réduis en cendre les rois... »
« Mort, tu abats en un seul jour
Le roi à l'abri de sa tour
Et le pauvre dans son village... »

(Hélinand de Froimond, Vers de la Mort, strophes XX et XXI)


La Rencontre des trois morts et des trois vifs
La Rencontre des trois morts et des trois vifs
Livre d'Heures, Folio 17, 1460. Tours.
Ce mépris du monde, on le trouve également dans le Dit des trois morts et des trois vifs dont la rédaction la plus ancienne, en langue vulgaire, est conservée dans trois manuscrits datant du XIIIè siècle et que l'on attribue à Baudouin de Condé (mort en 1280).
Au total, ce sont, en tout, cinq poèmes qui narrent la rencontre de trois jeunes gens de haute lignée (duc, comte et fils de roi) avec trois horribles cadavres au corps en décomposition et aux paroles causant l'effroi : « d'avance mirez-vous en nous ».
L'horreur de la mort est alors rendue dans sa plus cruelle réalité et sa plus repoussante laideur :
« C'étaient trois morts de vers mangés
Laids et défigurés de corps.
... Voyez comme chacun a laids
La poitrine, le ventre et le dos
... Mort et vers y font le pis
Qu'ils peuvent. Cela se voit bien
Aux bouches, aux nez et aux yeux. »

(Dit des trois morts et des trois vifs.)

Cette « légende » connaît une diffusion iconographique extraordinaire. Elle a inspiré la fresque du Campo Santo de Pise (vers 1385) et précède d'un siècle la Danse macabre du cimetière des Innocents à Paris.
S'il existe entre la « légende » des trois morts et des trois vifs et la Danse macabre plus d'un point commun, c'est sous la plume de Jean Le Fèvre que ce motif s'est vraiment révélé au public.
Il apparaît en effet pour la première fois en français dans le Respit de la Mort, écrit en 1376 :
« Je fis de Macabré la Dance
Qui toutes gens maine a sa tresche [ronde]
Et a la fosse les adresche [conduit]
Qui es leur derraine [dernière] maison. »

L'étymologie de l'adjectif Macabre demeure encore floue. Il semblerait que ce mot, à l'origine un nom propre, soit issu de la forme [makabre], transcrite avec ou sans accent, et pourrait renvoyer au terme Maccabbée que l'on trouve dans la liturgie des défunts. On a trouvé beaucoup d'autres étymologies au mot macabre... Emile Mâle, dans son Art religieux de la fin du Moyen Age en France, les condamne toutes et, en outre, il serait assez long de les évoquer ici.

On connaît à la même époque d'autres danses macabres écrites, comme le poème espagnol La Dança general de la muerte, datant de la fin du XIVè siècle. Pourtant la version qui assure au motif popularité et diffusion iconographiques au-delà du Moyen Age, demeure l'ensemble des fresques peintes par un auteur anonyme en 1424 au cimetière parisien des Saints-Innocents :

« L'an 1424 fut faite la danse macabre aux Innocents,
et fut commencee environ le moys d'août et achevee au carême ensuivant ».

(Journal d'un bourgeois de Paris).

Des légendes versifiées viennent enrichir les différents tableaux. Le texte, formé de 68 couplets de 8 vers, a longtemps été attribué à Jean Gerson (1363-1429), thèse qu'il faut de nos jours abandonner puisqu'il quitta Paris en 1415 pour n'y plus revenir.

Des inscriptions (cf. édition de 1485 de Guyot Marchant et les manuscrits de Saint-Victor, mentionnés plus loin) permettent de connaître avec certitude les noms des personnages peints.

Le curé et le laboureur
Le curé et le laboureur
La danse macabre de Guyot Marchant


Insistant toujours sur le fait que la grande faucheuse n'épargne personne et nivelle toutes les conditions sociales, chaque mort de la danse macabre entraîne avec lui un vivant, sans que ce dernier puisse faire mine de résister.

Toutefois le mort fait montre d'un peu de pitié à l'égard du laboureur :

« Laboureur qui en soing et peine
Avez vécu tout votre temps, ...
De mort devez être content,
Car de grand soucy vous délivre. »

(Dance macabre , édition de Guyot Marchant)

Ce pouvoir égalisateur rassure quelque peu car richesses, honneurs, splendeurs et gloires ne sont rien au moment du trépas :

« On ne scet on si ces trois autreffois
Ont estés ducs, barons, contes ou roys ».

(Dance macabre, édition de Guyot Marchant)

Les privilèges sont punis, tout comme les abus :

« Le plus gras et le premier pourry ».

(Dance macabre, édition de Guyot Marchant)


Légende des trois morts et des trois vifs
Légende des trois morts et des trois vifs
Fresque du XIVe siècle
Monastère de Saint-Benoît, Subiaco.

On voit, dans cette Danse macabre, défiler une série de trente couples masculins (les femmes sont ici exclues) formés d'un mort nu, parfois drapé, à la maigreur causant l'effroi et d'un vivant aux traits repus et aux vêtements bigarrés. Chaque vif est censé représenter les différents états de la société, selon une hiérarchie bien établie. Un ecclésiastique doit tout d'abord alterner avec un laïc et c'est ainsi que les couples morts/vifs se succèdent :
· Pape
· Empereur
· Cardinal
· Roi
· Patriarche
· Connétable
· Archevêque
· Chevalier
· Evêque
· Ecuyer
· Abbé
· Bailli
· «Ministre»
· Bourgeois
· Chanoine
· Marchand
· Chartreux
· Sergent
· Moine
· Usurier
· Médecin
· Amoureux
· Avocat
· Ménestrel
· Curé
· Laboureur
· Cordelier
· Enfant
· Clerc
· Ermite

Point de femmes donc. Il faudra attendre Martial d'Auvergne (né entre 1430 et 1435) pour voir évoluer une Danse macabré des femmes (attestation plausible fondée sur l'étude du manuscrit B.N. fr 25 434). C'est l'imprimeur parisien Guyot Marchant qui, le premier, publiera cette version en 1486.

Pénitents entourant un moribond
Pénitents entourant un moribond
La "bonne mort" est le souci de chacun,
alors on prie et dit des messes pour le repos de l'âme.

A la différence des Vers de la Mort d'Hélinant de Froimont, ce n'est plus « la Mort » que l'on veut représenter, mais bien plutôt « le mort ». Si dans la « légende » n'interviennent que trois cadavres, ils n'entraînent pas encore dans une ronde infernale des personnages de toutes conditions sociales et de tous âges. Ils se contentent d'adresser au vivant une terrible leçon : je me présente à toi qui vis encore, mais souviens t'en désormais, je suis ce que tu seras tout à l'heure. C'est dans cet esprit que Guyot Marchant intitule sa Danse macabre : Le Miroir salutaire, soulignant l'avertissement lancé par les trois cadavres momifiés :

Le premier mort :
« Se nous vous aportons nouvelles
Qui ne soient ne bonnes ne belles
A plaisance ou a desplaisance
Prendre vous fault en pacience
Car ne peult estre autrement.
Beaux amis tout premierement
Non obstant quelconque richesse :
Puissance, Honneur, force ou jeunesse
Nous vous denonçons tout de voir
Qui vous convient mort recepvoir
Une mort helas, si douloureuse,
Si amere, sy angoisseuse,
Que les mors qui en sont delivré,
Ne vouldroient jamais revivre
Pour morir encor de tel mort.
Et apres quant vous serés mort
Tout ainsi que pouvres truans,
Vous serés hydeux, et puans.
Des nostres, et de noz livree,
Et vous ames seront livree.
Je n'en dis plus : mais c'est du pire.
Il me souffit assez de dire
De vos meschans corps la misere,
Qui ne sont pas d'autre matere
Certainnement ne que nous sommes.
Na guère estions puissans hommes
Or hommes telz commes voyez.
Se vous voulés si pourvoyez
Et bien y devez pourveoir
Quant en nous vous povez veoir
Comme de vous il adviendra
Et quel louier mort vous rendra
Car voz corps qui sont plens d'ordure
Aller fera a pourriture.
Telz comme vous un temps nous fumes
Tel serés vous comme nous sommes. »

(Dit des trois morts et des trois vifs, édition de Guyot Marchant de 1486.
Planche III transcrite par E. Féghali)


Au cimetière des Innocents, situé en plein coeur de la ville, au spectacle de la sinistre farandole se mêlait une vision d'horreur bien réelle : celle du cadavre et de la charogne ensevelies dans un sol qui avait accueilli déjà tant de morts et que les passants ne pouvaient ignorer. En effet, selon les calculs de M. Hericart de Thury, durant 700 ans près de 1.200.000 cadavres furent entassés dans ce cimetière, le plus important de Paris.

Livre d'heures - L'inhumation - 1475
L'inhumation
Livre d'Heures, France, 1475.
En effet, à l'intérieur des trois murs de clôture, sous les auvents se trouvait un charnier où l'on entassait les ossements une fois que la terre avait achevé son travail de décomposition. L'air y était à ce point irrespirable que Corrozet souligne dans Les Antiquitez de Paris que la terre était :
« si pourrissante, qu'un corps humain y était consumé en neuf jours».

Et Michaut de rajouter que les corps des « biens nés » étaient justement plus puants que les autres parce qu'ils avaient été mieux nourris :

« ... viandes [nourritures] delicatives [de choix], qui apres leur coruption
sont plus infectes que grosses [grossières] viandes. »
(Michaud, Dance aux aveugles).

Cette terre revêtait alors un caractère sacré et nombreux étaient ceux qui souhaitaient y être enterrés, comme le duc Jean de Berry qui fit sculpter, en 1408 au portail de l'église, la légende des trois morts et des trois vifs.

Situé en bordure d'une des grandes voies de l'ancienne Lutèce (originairement hors de Paris), ce vaste terrain vague que Philippe Auguste fit entourer de murs en 1186, ne semblait pas le moins du monde incommoder les parisiens qui s'y pressaient nombreux pour trouver libraires, marchands, marchandes de mode, ou autres écrivains publics, ces fameux « secrétaires des Saints-Innocents ». J. Huizinga dans Le déclin du Moyen Age souligne que :

« Ce charnier des Innocents servait au XVè siècle de promenade populaire
dans une des parties les plus fréquentées de Paris,
à côté de l'église des Innocents démolie en 1786,
laquelle s'élevait au coin de la rue Saint-Denis
et de l'ancienne rue aux fers, vers l'angle nord-ouest
du square des Innocents ».

C'était également l'endroit privilégié des prédicateurs qui y prêchaient sans repos, frappant doublement l'esprit du public. L'auteur anonyme du Journal d'un bourgeois de Paris rapporte que frère Richard, un moine franciscain, y prêcha 10 jours consécutifs, le dos tourné à la Danse Macabre et face aux boutiques.

Le cimetière a malheureusement disparu en 1786. Son encombrement l'avait rendu un foyer d'infections au milieu de Paris et le Parlement ordonna sa fermeture. Le sol fut alors excavé, la terre passée à la claie, et les ossements portés dans les carrières de la rive gauche, qui prirent par la suite le nom de catacombes. On a donc détruit la fresque pour agrandir une des rues voisines. E. Mâle s'étonne « qu'aucun artiste ait daigné en prendre une copie ».

Le chartreux et le sergent
Le chartreux et le sergent
La danse macabre de Guyot Marchant

Pourtant dès 1485 l'imprimeur parisien Guyot Marchand publia une (première) version englobant textes et gravures. Ces dernières, peu fiables, ne s'accordent pas exactement avec ce que révèlent deux manuscrits de Saint-Victor, les B.N. lat. 14904 et fr. 25550, qui disent renfermer « Les vers de la danse macabre, tels qu'ils sont au cimetière des Innocents », et E. Mâle de constater dans son Art religieux de la fin du Moyen Age que :

« Si, on lit avec quelque attention les vers qui accompagnent les gravures,
on s'aperçoit tout de suite que ce sont précisément ceux des deux manuscrits de Saint-Victor.
[...] Guyot Marchant avait donc tout simplement copié les inscriptions du cimetière des Innocents ».


Ce sont eux qui nous livrent les noms exacts des personnages représentés.



La Danse macabre du cimetière des Saints-Innocents assura le succès au thème et sa diffusion iconographique en France :

- La Chaise-Dieu en Haute-Loire (1480),
- La Ferté-Loupière dans l'Yonne (XVIè),
- Kermaria-an-Isquit dans les Côtes-d'Armor (1450-1460)



L'amoureux, l'avocat, le ménestrel, le curé, le laboureur
L'amoureux, l'avocat, le ménestrel, le curé, le laboureur.
Danse macabre de la Chaise-Dieu (Haute-Loire)
D'après le relevé de M. Yperman.




Celles, sculptées, de Cherbourg et de Rouen (l'aître Saint-Maclou) ont partiellement disparu et l'on cherchera en vain celles d'Amiens (dans le cloître des Macchabées), de Blois (sous les arcades du château) et de Dijon (dans le cloître de la Sainte-Chapelle Ducale en 1436).
Les gravures de bois renforcèrent sa diffusion : celles de Guyot Marchant ou la série encore plus importante de Holbein (intitulées Les Simulacres de la Mort, parurent à Lyon en 1538. Ce serait en somme, une nouvelle illustration du Mors de la pomme 1470).
Le succès de Guyot Marchant rendit jaloux Vérard, le plus fameux éditeur du temps, qui mit en vente une Danse macabre étrangement semblable à celle de son confrère. Le public lui fit un si bon accueil que bientôt les imprimeurs de province (Lyon, Troyes ...) voulurent avoir la leur. L'engouement fut tel que la danse macabre entra dans l'illustration des Livres d'Heures (cf. illustration ci-dessus).

Villon, et nombre d'auteurs, partagea cette obsession dans son Testament.

La danse macabre prit souvent une forme de bal masqué, comme à Paris en 1422 et à Bruges en 1449. Des hommes déguisés en squelettes dansaient avec des personnages incarnant les différentes classes de la société.

Ce motif s'est propagé en Allemagne. Toutes les danses macabres allemandes sont françaises d'inspiration :

- Il y avait deux danses macabres à Bâle : celle de Klingenthal, couvent des femmes au Petit-Bâle, et celle du couvent des Dominicains au Grand-Bâle en 1448 (pendant le concile de Bâle),
- Eglise Sainte-Marie à Lübeck peinte en 1463, qui restaurée depuis trahit par une foule de détails son origine. C'est elle qui a inspiré les principales danses macabres des pays du Nord : celle de Berlin, celle de Reval et les gravures Danoises du XVIe siècle.

Et en Angleterre :

Triomphe de la mort - XIVeme
Triomphe de la mort
XIVe siècle.

- Au cimetière du Pardon, Saint-Paul, à Londres en 1440, disparu en 1549. Faite à l'imitation de celle de Paris : un moine, John Lydgate, qui revenait de France et qui avait vu l'original, avait traduit en anglais les vers du Cimetière des Innocents (selon Chreiber).

Le motif des Trois morts et des trois vifs orne encore des églises de campagne, comme celle de Widford dans l'Oxfordshire et des pages de manuscrits, tel le Psautier de Lisle, remontant aux premier quart du XIVè siècle. On le trouve dans l'église de Skiby au Danemark. S'inspirant également de cette « légende », l'Italie est restée un cas isolé avec Le Triomphe de la Mort (vers 1350) au Campo Santo de Pise.

Bibliographie



ALEXANDRE-BIDON (Danièle) La Mort au Moyen Age (XIIIe -XVIe siècle), La Vie Quotidienne, Hachette, 1998.

HUIZINGA (Johan) L'automne du Moyen Age, Paris, 1975.


Pour contacter l'auteur de ce tableau :
Elisabeth Féghali

Diverses peintures de danses macabres et de légendes des 3 vifs et des 3 morts

Danse macabre de Clusone (Italie), Peinture de Giacomo Borlone de Buschis.jpg
Danse macabre de Clusone (Italie), Peinture de Giacomo Borlone de Buschis.jpg
Detail de la danse macabre de l'eglise Saint-Germain de La Ferte-Loupiere dans l'Yonne.jpg
Detail de la danse macabre de l'eglise Saint-Germain de La Ferte-Loupiere dans l'Yonne.jpg
France, Ain, Le Plantay, Eglise, Peinture murale, Danse macabre, Les 3 morts (2).jpg
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Jean le Noir, les 3 morts, Psautier de Bonne de Luxembourg.jpg
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La danse des morts - Jubinal - Frontispice.jpg
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La Ferte-Loupiere (Yonne), Eglise St-Germain, Le Dit des trois morts et des trois vifs.jpg
La Ferte-Loupiere (Yonne), Eglise St-Germain, Le Dit des trois morts et des trois vifs.jpg
Lancome, Eglise St-Pierre, Le Dit des trois morts et des trois vifs.jpg
Lancome, Eglise St-Pierre, Le Dit des trois morts et des trois vifs.jpg
Maitre de Philippe de Gueldre, Un transi entrainant la femme du chevalier, extrait de La Danse macabre des femmes de Martial d'Auvergne.jpg
Maitre de Philippe de Gueldre, Un transi entrainant la femme du chevalier, extrait de La Danse macabre des femmes de Martial d'Auvergne.jpg
Miniature du XVe siècle, Maitre d'Edouard IV.jpg
Miniature du XVe siècle, Maitre d'Edouard IV.jpg
Morts dansant, de la Danse de Mort par Michael Wolgemut (1493).png
Morts dansant, de la Danse de Mort par Michael Wolgemut (1493).png
Triomphe de la Mort - Les pauvres invoquent la mort - fresque d'Andrea Orcagna, XIVeme.jpg
Triomphe de la Mort - Les pauvres invoquent la mort - fresque d'Andrea Orcagna, XIVeme.jpg
Gisant de Guillaume Lefranchois, médecin et chanoine (1446); vient de l'église Saint Barthélémy de Béthune; musée d'Arras
Gisant de Guillaume Lefranchois, médecin et chanoine (1446); vient de l'église Saint Barthélémy de Béthune; musée d'Arras
Gisant de Guillaume Lefranchois, médecin et chanoine (1446); vient de l'église Saint Barthélémy de Béthune; musée d'Arras
Gisant de Guillaume Lefranchois, médecin et chanoine (1446); vient de l'église Saint Barthélémy de Béthune; musée d'Arras
Statue, Fragment d'un transi, 15e (musee d'Arras)
Statue, Fragment d'un transi, 15e (musée d'Arras)

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