Rutebeuf
Rutebeuf

La Complainte de Rutebeuf


« Longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent toujours dans les rues » chantait Charles Trenet.

En lisant le poème qui suit, la plupart des Québécois reconnaîtront Pauvre Ruteboeuf, une chanson interprétée par Claude Dubois. (Il y a eu apparemment plusieurs autres interprètes.) Mais ces paroles sont tirées de La Complainte de Rutebeuf et de La Griesche d'Yver, deux poèmes de Rutebeuf, un trouvère parisien du XIII sc. Elles ont donc traversé plus de sept siècles avant de nous parvenir!

On sait peu de chose de Rutebeuf - un surnom signifiant probablement rude boeuf - à part ce que ses poèmes nous apprennent de lui, soit qu'il était pauvre, mal marié, qu'il pourfendait les moines mendiants et prêchait la croisade. On a vu en lui le précurseur de bien des genres littéraires, mais François Villon et Georges Brassens, par leur truculence, leur façon crue de dire les choses et les thèmes abordés, s'inscrivent certainement dans sa tradition.




La complainte de Rutebeuf


Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est avenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta




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