Byzance

BYZANCE

Qui ne s'est jamais exclamé un jour " c'est Byzance ! ".

Cette réflexion reflète bien la richesse culturelle, architecturale et militaire de cette civilisation qui a ébloui le monde durant plus d'un millénaire.

Constantinople.jpg
Constantinople

L'Empire byzantin

En 324, l'empereur Constantin fait de la ville grecque de Byzance la seconde capitale de l'empire romain et la nomme Constantinople. L'empire romain est trop largement étendu pour être efficacement défendu, il est divisé en deux en 395 pour mieux faire face aux invasions"barbares". Si en 476, l'empire d'occident s'écroule sous la pression barbaresque, l'empire Byzantin repousse les tentatives d'invasions.
Avec ses grands ensembles monumentaux (en particulier la basilique Sainte-Sophie), la ville acquit une juste renommée de splendeur. Capitale de l'empire d'orient depuis le partage de l'Empire (395), elle devint le grand centre économique et commercial du monde médiéval. Sa faiblesse résidait en l'existence de factions sans cesse en discorde, plus passionnées pour les discussions théologiques ou les jeux du cirque que pour la politique.
Diverses dynasties se succédèrent :
En 1204, l'installation des Croisés à Constantinople et la création de l'éphémère Empire latin sous l'égide de Venise (1204-1261) accéléra la décadence. La ville fut reprise par les Paléologues, mais devait succomber sous les coups des Turcs en 1453.

Justinien
Empereur Justinien
L'empereur Justinien (527-565) permet à l'empire d'accroître sa puissance par des conquêtes en Italie, Espagne et en Afrique du nord : il tente de restaurer l'empire romain universel. Mais sous les assauts répétés des Lombards, des Avars, des Slaves, des Arabes et des Bulgares, Byzance perd rapidement ses possessions extérieures et se voit même obligée de défendre son propre territoire.
empire byzantin au temps de justinien.gif
Empire byzantin au temps de Justinien

A partir de 717, l'empire est réduit à l'Asie mineure. Sous l'impulsion d'empereurs énergiques originaires de Macédoine, les conquêtes reprennent à partir de 867, notamment sous Basile II (976-1025) : les Balkans, la Dalmatie, le sud de l'Italie et l'Asie Mineure jusqu'aux rives de l'Euphrate sont de nouveau sous la domination byzantine. Puis la situation s'aggravant de nouveau, Byzance cherche des alliés contre les Normands d'Italie, les Petchenègues et les Turcs Seldjoukides.

Ainsi en 1082, Byzance s'entend avec les Vénitiens qui reçoivent en échange des privilèges commerciaux. En fait ce seront les Croisés, lors de la 4ème croisade détournée en guerre de conquête, aidés par la marine vénitienne (les Vénitiens ont retourné leur veste pour 85000 marcs d'argent) qui prendront Constantinople en 1024. C'est la dernière période de gloire de l'empire byzantin qui commence ; réfugiés à Nicée pendant l'occupation de Constantinople par la fleur (!) de la chevalerie occidentale, les empereurs réussissent à reprendre la capitale et quelques possession adjacentes. Grâce à une habile diplomatie, l'empire byzantin tiendra face aux Turcs, aux Serbes et au royaume de Sicile pendant 200 ans.

Finalement, c'est le sultan Mahomet II qui rentrera en vainqueur dans Constantinople le 29 mai 1453 après un siège de deux mois, mettant fin à la civilisation byzantine.


La Chute de Constantinople

29 mai 1453

Le 29 mai 1453 est une date clé de l'Histoire occidentale. Ce jour-là, la ville de Constantinople tombe aux mains du sultan turc Mehmet II.
La chute de la «deuxième Rome», aussi appelée Byzance, était devenue inéluctable après que les Turcs se furent emparés de la péninsule des Balkans.
Après un millénaire d'existence, l'empire byzantin se trouva réduit à sa capitale, à peine peuplée de 100.000 habitants (un million au temps de sa splendeur).
Le sultan Mehmet II utilise l'artillerie contre les fortifications de la ville et sa flotte complète le siège.
A Byzance même, les prêtres et les courtisans continuent de se disputer à propos du sexe des anges, d'où l'expression de querelles byzantines pour désigner des disputes disproportionnées par rapport à leur enjeu.
L'empereur Constantin XI n'en meurt pas moins avec courage, les armes à la main, au milieu de 7.000 soldats.
Son vainqueur limite les pillages et encourage la population à réintégrer ses foyers.
Byzance devient la capitale définitive de l'empire ottoman sous le nom d'Istanbul (ou Istamboul). Ce nom est une déformation phonétique de l'expression qu'employaient les Grecs pour dire: «Je vais à la Ville» (eis tin Polin).
C'en est fini du dernier vestige de l'empire romain et du Moyen Âge. L'Italie, stimulée par l'arrivée des érudits grecs chassés de Byzance, entre dans la Renaissance. Une page se tourne.

voir aussi : La chute de Constantinople, article de Historia

Byzance, puissance militaire

La puissance de l'armée byzantine repose sur son héritage romain et sur la capacité des stratèges à avoir su analyser leurs propres forces et faiblesses ainsi que celles de l'adversaire. L'empire est très vaste et il est illusoire de vouloir bloquer toute intrusion ennemie. La défense du territoire est donc basée sur la présence de points fortifiés repartis sur tout l'Empire. Ils servent de refuge aux populations, de points de ravitaillement pour les armées en campagne et s'ils n'ont pas servi de points de fixation de l'adversaire, ils menacent ses arrières. C'est une stratégie de "hérissons" défensifs en profondeur qui sera reprise en bien des exemples durant la longue histoire de la Guerre.

Afin de pouvoir intervenir rapidement, il faut une armée très mobile, très disciplinée et bien armée: l'armée byzantine met l'accent sur la cavalerie , l'infanterie ne sera plus qu'une force d'accompagnement. L'infanterie lourde, protégée par une armure et un bouclier, armée d'une lance, est destinée à résister aux charges de la cavalerie adverse; elle sert de base de manœuvre à la cavalerie amie. L'infanterie légère est armée de l'arc; très maniable, elle peut frapper vite et se retirer, elle est très efficace face aux archers à cheval des armées orientales.

Les Perses, les Turcs, les Arabes ont des armées composées presque uniquement de cavalerie lourde et légère. C'est pour lutter efficacement contre ces adversaires qu'est née l'idée du kataphractos, le cataphractaire : cavalier protégé par une cotte de mailles ou d'écailles du cou aux chevilles, armé d'une lance pour le choc et d'un arc pour le combat à distance. L'armée byzantine sera toujours à faible effectif car le cataphractaire est une unité au prix de revient très élevé. La petite taille de l'armée est compensée par une extraordinaire aptitude à la manœuvre rapide : frapper fort et vite en combinant habilement infanterie et cavalerie, telle est la tactique des stratèges byzantins. L'emploi des deux armes par le cataphractaire va petit à petit disparaître et à partir du VIIIème siècle, les cavaliers seront mono-armés ce qui demandera un effort supplémentaire de coordination lors de l'engagement. Par contre l'adjonction d'une armure d'écailles à la monture des lanciers augmentera leur puissance de choc.

Cataphractaires.jpg
Cataphractaires


Au fil des siècles, la qualité de l'armée va se dégrader. Ainsi, l'archerie manque d'entraînement et les lanciers vont devenir petit à petit la principale arme de la cavalerie ce qui sera la cause de leur anéantissement face aux Turcs. L'organisation de l'armée se fait à partir de thèmes : le thème est à la fois une province et le nom des troupes levées dans cette province. Le nombre de thèmes passe de 13 la fin du VIIème siècle à une trentaine au Xème. Les effectifs ne sont pas stables afin de leurrer l'espionnage, ils varient de 200 à 2000 hommes par thèmes et sont regroupés sous différentes appellations en fonction de l'époque (400/2000 hommes : Moira au VIème siècle, Dhoungoi au IXème siècle). Tous les hommes jusqu'à 40 ans peuvent servir, en fait l'armée est uniquement composée de volontaires. L'unité de base de cavalerie est appelée dekarchiai, formée de 10 cavaliers. Le locharghiai est l'unité de base d'infanterie composée de 16 hommes. Au sein d'une même unité, les hommes arborent les mêmes couleurs de bouclier, plumets de casque et flamme de lance. Le strategos est l'officier supérieur commandant un thème, il a toujours 2 à 4 formations de cavalerie prêtes au combat. En plus des thèmes en garnison dans les provinces, il existe des unités de Garde, la tagmata, essentiellement composée de cavalerie dont les 4 unités principales peuvent intervenir à tout moment en soutien d'un thème. L'infanterie est composée de combattants mercenaires Khazars et Turcs. La tagmata devient petit à petit la seule armée byzantine digne de ce nom, les thèmes disparaissant sous les conquêtes enemies.

A l'heure où la stratégie la plus souvent appliquée est le choc frontal, les stratèges byzantins ont une reflexion beaucoup plus approfondie sur les mouvements des troupes. Au VIIème siècle, l'Empereur Maurice rédige le Strategicon (disposition tactique byzantine), traité sur l'art militaire dans lequel il étudie aussi le renseignement, les fortifications et la logistique. Un peu plus tard, Léon VI met en valeur l'art de la guerre d'embuscades et l'idée de la guerre sainte. La stratégie globale évolue vers la défensive et la guérilla au cours des siècles.

L'armée byzantine ainsi organisée sera pratiquement détruite en 1071 à la bataille de Manzikert, les Turcs ayant raison des ¾ de la tagmata. L'empire est alors réduit de ses possessions anatoliennes où se réalisait la plus grande part du recrutement de l'armée. Celle-ci ne sera plus alors composée que de soldats mercenaires, c'est le début de la chute de la grande Byzance.

Sources: Vae victis n°4


(1) barbares : ainsi étaient nommés les étrangers. Il n'y a aucune consonance péjorative dans le terme.

Voir aussi :
Les courses de chars à ConstantinopleLa chute de Constantinople

Retour au sommaire général
Retour au sommaire Divers