FRANCE, PARIS, EGLISE ST-JACQUES-DES-BOUCHERS



Eglise Saint-Jacques-des-Bouchers à Paris

Eglise Saint-Jacques-des-Bouchers à Paris

Actuellement Tour Saint-Jacques

Paris, 1er et 4ème arrondissement, rue de Rivoli

La tour Saint-Jacques, qui se dresse au centre d’un petit square compris entre l’avenue Victoria et la rue de Rivoli, est le seul vestige de l’ancienne église Saint-Jacques-la-Boucherie qui tirait son nom de la riche corporation des bouchers, écorcheurs de bêtes et tanneurs, installés près du Grand Châtelet.
Il y avait là à l’origine une petite chapelle dédiée à sainte Anne, bâtie vers l’an 950, sous le règne de Lothaire 1er. Erigée en paroisse sous Philippe-Auguste en 1200 et consacrée à saint Jacques, la chapelle fut rebâtie à partir de 1340. Elle sera achevée en 1520, sous le règne de François Ier.
Selon l’usage de l’époque, les chapelles secondaires étaient construites par de riches bourgeois qui s’y faisaient généralement enterrer. C’est ainsi que Hugues Restauré fonda la chapelle de la Vierge en 1330; en 1347, la famille de Dampmartin offrit la chapelle de Saint-Michel et obtint le droit d’y nommer les chapelains par une bulle du pape Clément VI; en 1406, le lieutenant du Prévôt de Paris, Jean Turquant, consacra ses biens à la construction de la chapelle Saint-Fiacre.

Nicolas Flamel, bienfaiteur de Saint-Jacques

Nicolas Flamel et sa femme Pernelle furent les principaux bienfaiteurs de Saint-Jacques-la-Boucherie qui était leur paroisse.
Flamel fonda la chapelle des Éperonniers que l’on trouve sur la liste de ses biens. Il fit construire son tombeau sur le côté gauche de la chapelle « près de la petite vierge au banc de Monsieur Pichon ».
Quelques années plus tard, Nicolas Flamel entreprit la construction du petit portail donnant sur la rue des Écrivains (rue de Rivoli), face à la rue Marivaux (rue Nicolas-Flamel) où il habitait. On pouvait voir jusqu’à la fin du Directoire, sur le côté gauche du portail, un bas-relief où il figurait avec sa femme, agenouillés aux pieds de la Vierge à laquelle saint Jacques et saint Jean Baptiste les présentaient.
En plus de son métier d’écrivain-juré et peut-être de faiseur d’or, Nicolas Flamel faisait profession d’épitaphier. Il ne pouvait faire moins que de rédiger la sienne en ces termes:
De terre suis venus et en retorne
L’âme rens à toy J. H. S. qui les pêchiés pardonne.

Cette inscription, gravée sur une dalle de pierre, fut scellée contre un pilier à l’entrée de la nef principale. Elle disparut en 1797 à la destruction de l’église et fut acquise par une fruitière de la rue Saint-Jacques qui s’en servit pour hacher des épinards. En 1841, elle la vendit à un marchand de curiosités; six ans plus tard un graveur la retrouva, l’acheta et l’offrit au musée de Cluny où on peut la voir.

La construction du clocher

Le clocher de Saint-Jacques-la-Boucherie fut construit de 1508 à 1522 par un architecte dont l’histoire n’a pas conservé le nom. D’après Sauval, la tour aurait été construite avec l’argent confisqué aux Juifs [1]. Au début du XVIe siècle, sous l’influence italienne qui a mis à la mode la recherche de l’antique, les croisées d’ogive sont abandonnées au profit des voûtes à berceau ou à caissons, les colonnes ont des chapiteaux ioniques ou corinthiens. Or l’architecte de la tour Saint-Jacques a délibérément choisi un style gothique qui, déjà à l’époque, était archaïque. Héritière des techniques acquises, la tour est un chef-d’oeuvre qui résume les apports du gothique flamboyant, élancement et légèreté.
L’ancienne église avait son chevet en saillie sur la rue des Arcis (rue Saint-Martin) et son grand portail était parallèle à la partie du boulevard de Sébastopol qui borde la Chambre des Notaires. La tour était à l’extrême droite de ce portail. A son angle nord- ouest, une petite tourelle contenait un escalier à vis de trois cents marches qui permettait d’accéder au sommet où s’élevaient une statue colossale de saint Jacques le Majeur, de quatre mètres de haut, et des effigies du boeuf de saint Luc, de l’aigle de saint Jean et du lion de saint Marc.
L’intérieur de la tour était primitivement divisé en quatre étages, de bas en haut: la chambre d’asile, la chambre des gros ses cloches, celle des dindelles (petites cloches) et celle du carillon. Des voûtes séparaient ces différents étages. Elles ont été brisées en 1797 par la chute des plus grosses cloches: les révolutionnaires, afin de récupérer le bronze des douze cloches pour en faire des canons, jugèrent plus expéditif de la décrocher en incendiant les charpentes de chêne qui les soutenaient.

Les avatars de la tour

La Révolution décida de faire rentrer de l’argent dans ses caisses en vendant à des démolisseurs les églises et autres « lieux consacrés à la superstition ». En application des lois du 29 Fructidor an II et du 9 Germinal an V (septembre 1794 et 29 mars 1797) relatives à la vente des propriétés publiques, Saint-Jacques-la-Boucherie, avec ses dépendances d’une superficie de six cent cinquante toises, fut estimée à la somme de 326 000 francs. La démolition eut lieu quelques jours après, mais le nouveau propriétaire, séduit par la beauté de la tour, la conserva intacte. Le terrain fut loué pour 10 600 francs à un industriel qui construisit à. l’emplacement de l’église un marché de friperie de 1400 mètres carrés, inauguré le 13 octobre 1824 sous le nom de Cour du Commerce.
Le sommet de la tour fut loué à un fabricant de plomb de chasse. La fonderie était installée dans une cabane de bois sur la plate-forme supérieure d’où le plomb en fusion était versé à l’aide de grandes cuillères en fer. Pendant la chute, d’une cinquantaine de mètres, les gouttes de plomb acquéraient une forme sphérique et se solidifiaient au pied de la tour dans de grandes cuves remplies d’eau froide.
L’avenir de la tour Saint-Jacques était incertain lorsque François Arago proposa à M. Rambuteau, préfet de la Seine, de la faire acheter par la ville de Paris. La transaction eut lieu et, le 27 août 1836, les héritiers Dubois cédèrent la tour et le terrain environnant pour 250 000 francs.
Les avatars de la tour pendant les années troublées de la Révolution l’avaient laissée dans un piètre état. En 1852, l’architecte Bally fut chargé de la restauration. Les travaux dureront six ans pendant lesquels Bally fera faire dix-neuf nouvelles statues de saints qui garniront les niches vides; des vitraux sont posés à la place des abat-son, augmentant l’aspect de dentelle de la tour en l’allégeant; les statues mutilées de saint Jacques le Majeur, du boeuf, de l’aigle et du lion des Évangélistes sont transférées au musée de Cluny; des gargouilles dans l’esprit romantique sont mises en place au sommet.
Lorsque quelques années plus tard le baron Haussmann fera percer la rue de Rivoli et le boulevard de Sébastopol, il sera nécessaire de supprimer la butte sur laquelle se dressait la tour et reprendre celle-ci en sous-oeuvre en lui donnant une assise octogonale. Quatorze marches permettent d’accéder à l’ancienne entrée de la tour dont la hauteur se trouve portée à cinquante-huit mètres. Le baron Haussmann fit ériger une statue de Pascal sous l’arcade vide pour commémorer les expériences que celui-ci y aurait faites en 1648 sur la pesanteur de l’air, après celles du Puy-de-Dôme. Malheureusement pour l’urbaniste discuté de Paris c’est — d’après l’avis d’historiens dignes de foi — au sommet de l’église Saint-Jacques à l’angle de la rue Saint-Jacques et la rue de l’Abbé-de-l’Épée, que Pascal aurait installé ses appareils.

Jean-Louis Brau
Guide de Paris Mystérieux, éditions Tchou, p 617,


[1] Henri Sauval : Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, Paris, 1724.






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Paris, Rue de Rivoli, Eglise St-Jacques des Bouchers (04)
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