BEAUPORT - ABBAYE



Beauport

L'Abbaye de Beauport

Tiré du journal des Bretons de Lyon

Au début du XIXe siècle, le Chevalier de Fréminville écrivait : «... Le premier monument ancien des environs de Paimpol, qui attira mon attention et qui mérite tous les égards d'être mis ici en première ligne, fut l'abbaye de Beauport; je la visitai en détail et j'en vais donner la description, c'est-à-dire celle de ses ruines, car cet imposant édifice avait alors horriblement souffert des dévastations révolutionnaires, et aujourd'hui la main des spéculateurs en précipite déplus en plus la rapide destruction... »

«... Se déroulait à mes yeux le magnifi-que panorama de la baie de Paimpol, à l'entrée de laquelle on voit les ruines de l'Abbaye de Beauport. C'est en vérité un lieu admirable, et j'avais de la peine à détacher mes regards de cette mer blanchissante d'écume. J'y voyais avec surprise prospérer des arbres du midi de la France. Oubliant leur soleil natal, des myrtes, des mûriers, des figuiers gigantesques couvraient la plage, laissant presque tomber leurs fruits dans les flots. » Ainsi s'exprimait Prosper Mérimée, en 1835.


Sur l'île Saint-Riom, à l'entrée de la baie de Paimpol, s'établit un couvent de religieux en 1178. Après un certain temps, les difficultés d'une mer impitoyable en hiver qui les coupait du continent leur firent souhaiter un retour sur la terre ferme. En 1198, Alain, Comte de Penthièvre et de Goëlo, installe les Prémontrés, ordre dépendant de l'abbaye normande de Lucerne, à Bellus-Portus ou Beauport, où il possédait un relais de chasse. En 1202, le comte Alain, leur bienheureux donateur, continue ses largesses en fondant la belle église. L'abbaye de Beauport est une halte sur la route de Compostelle et reçoit souvent des pèlerins. Elle devient aussi un important foyer de commerce et d'échanges maritime, grâce au conte du Goëlo qui autorisa d'y tenir une foire par an. Prospère, elle dirige bientôt dix paroisses en Bretagne et dix autres en Angleterre... anciens cadeaux de Guillaume le Conquérant à la famille du comte. Elle joua un rôle fondamental dans le comté du Goëlo.

Au fil des siècles, les chanoines construisent, embellissent, aménagent le domaine. Au XIIIe siècle, ils construisent un superbe lavatorium à l'entrée du réfectoire. Ce lavabo a une architecture assez peu répandue. Trois arcatures décorées de motifs symboliques (trilobé, polylobe, quadrilobe) surmontent une auge de pierre, aujourd'hui disparue. À la fonction spirituelle s'ajoutait celle de l'hygiène : la règle prescrivait aux chanoines les ablutions avant le repas dans le réfectoire. Ce réfectoire, construit dans la seconde moitié de ce même siècle, est la plus grande salle de l'abbaye. Les chapiteaux des colonnes sont décorés de motifs végétaux Au XVe siècle, la façade nord est percée de huit baies en plein cintre et le pignon ouest de trois baies géminées. Une salle claire avec une vue magnifique sur la baie, qui aujourd'hui est à ciel ouvert. Et ils embellissent la salle au duc. Ils créent un jardin à la française, plantent un verger de pommes à cidre, de figuiers, de rosés. Ils installent un port bien abrité. Au XIVe siècle, des digues impressionnantes sont édifiées autour de l'abbaye. Elles seront prolongées au XVIIIe siècle, les marais avoisinants seront asséchés.

L'abbaye connaissait déjà des problèmes financiers quand la Révolution survint. La plupart des chanoines sont chassés ; il n'en restera qu'une douzaine jusqu'en 1797, quand le domaine est vendu comme bien national. Ce sont trois armateurs de Paimpol qui l'achètent. L'abbaye va droit à la ruine en servant, tour à tour, d'atelier d'extraction de salpêtre, carrière de pierres, exploitation agricole, cidrerie, classes d'écoles... Elle subit multiples dégradations et démolitions : les dépendances et les restes du logis abbatial sont rasés, l'église est dépouillée de ses ornements, le clocher abattu, les toitures s'effondrent. La famille Morand la rachète et n'a de cesse d'en assurer la sauvegarde.

Lors de sa visite à Beauport, le chevalier de Fréminville put admirer nombre de belles pierres décorées dont on a perdu la trace aujourd'hui. Il put voir, entre autres, le sarcophage in situ d'Hervé, l'abbé commendataire, mort en 1270. Dessous, un petit caveau voûté avait été ouvert. Il y trouva les ossements très bien conservés de l'abbé. Il remar-qua une particularité sur le crâne : ce religieux avait reçu un coup à la partie postérieure qui lui avait brisé l'os occipital, créant un trou assez large pour pouvoir y introduire un doigt. Une ossification, très distincte, l'avait refermée. À cette époque, ne pas mourir d'une telle blessure était déjà extraordinaire, mais continuer à vivre et même vieux (les os l'attestent) cela tenait du miracle ! Afin, que ces restes ne soient pas profanés, Fréminville les déposa dans la chapelle du château des Salles, situé sur la rive de la baie opposée à l'abbaye. Il contempla et admira aussi de nombreuses pierres tombales de chevaliers et de leurs nobles épouses. Nombres blasons indiquent d'anciennes et illustres familles du comté de Goëlo.

Et voici l'inspecteur Prosper Mérimée. Chargé du recensement des monuments historiques français, il passe par Paimpol et tombe en admiration devant les ruines de Beauport. Devant l'intérêt des bâtiments et l'exceptionnelle beauté du site, il décide de le faire classer Monument historique. C'était en 1862. Il sauvait ainsi l'Abbaye de l'ignorance et de l'oubli.

En 1992, monsieur Henry Gomond, descendant de la famille Morand, la vend au Conservatoire de l'Espace du littoral et des rivages lacustres qui la gère depuis 1993. Ce dernier se lance un véritable défi : entreprendre la réhabilitation et la restauration du monument, mais aussi préserver l'environnement littoral (roselière, ancien port, digues et massif forestier). Grâce à l'Association pour la gestion et la restauration de l'abbaye de Beauport (Agrab) qui comprend les représentants du Conseil général des Côtes-d'Armor, de la mairie de Paimpol, de la Communauté de communes du Goëlo, du Conservatoire du littoral, et des monuments historiques, le site s'est profondément modifié. Que de changements en quelques années ! Madame Hélène de Sacy, qui a passé toutes ses vacances à l'abbaye depuis 1937, rend grandement hommage à ceux qui ont entrepris un si grand chantier. Ses parents louaient une partie du domaine et elle, ainsi que ses enfants et petits-enfants, en connaît tous les recoins et secrets. Et c'est avec toujours autant d'émotion qu'elle retrouve ce lieu : la mer tantôt au loin, tantôt tout près, le jardin et les hortensias, ses parterres de fleurs bleues et blanches (fleurs qu'elle a elle-même plantées dans sa jeunesse), le transept et ses rosés, l'abbatiale. Et puis, elle monte l'escalier du dortoir aux moi-nés et se précipite dans la grande salle d'où la vue sur la baie est toujours magnifique. Son père, Amédée Alasseur, docteur en droit, ne sortait jamais sans son appareil photo. Cet amoureux des lumières et des paysages accumula plus de deux cents clichés sur l'abbaye et la vie de sa famille en ces lieux.
En 2002, l'abbaye de Beauport fêta ses 800 ans. De nombreuses célébrations et fêtes furent proposées à cette occasion.

Vous pourrez aussi randonner autour de l'abbaye sans vous perdre grâce aux dépliants que la Communauté de communes Paimpol Goëlo vient de faire éditer. Vous pourrez aussi y admirer des moutons d'Ouessant qui viennent d'arriver à Beauport et sont parrainés par les enfants de l'école publique élémentaire de Kerity-Paimpol. Il reste encore un projet pour fêter cet anniversaire : les éditions Kerig préparent un CD qui regroupera quelques-uns des artistes qui animent les jeudis soirs d'été, depuis 10 ans. On y entendra, entre autres, Didier Squiban, Roland Becker, Arz Nevez, Jean-Michel Veillon, Yann-Fanch Kemener, Patrick Ewen, Mariannig Larc'hanteg, Gwenaël Kerléo.
J'espère que je vous ai donné envie d'aller visiter ces lieux magiques, mystérieux, lumineux, envoûtants. Ce site exceptionnel, aux ruines majestueuses surgissant d'un écrin de verdure et se reflétant dans les calmes eaux de la mer, vous enchantera et vous laissera à jamais son souvenir.

Nadine Delanoue


Pour plus d'informations, vous pouvez consulter le site Internet www.abbaye-beauport.com ou téléphoner au 02 96 20 97 69.

Le Chevalier de Fréminville : ancien capitaine des frégates du Roi et commandant en second de la compagnie des élèves de la marine royale au département de Brest, Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis, de Tordre militaire et hospitalier de Saint Jean de Jérusalem et de celui du Christ de Portugal ; membre de la Société Royale des Antiquaires de France.





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